Le Mariage pour Tous : déjà dépassé ?

Aujourd’hui, il est grand temps d’énoncer une vérité qui dérange : que personne n’a raison dans ce débat qui préoccupe tout le monde à l’heure actuelle. Je parle bien entendu de la question du Mariage pour Tous.

 

D’un côté, nous avons, à gauche, des défenseurs de l’Egalité Républicaine qui défendent un certain projet de loi envers et contre tout. De l’autre, à droite, nous avons des conservateurs qui, s’ils trouvent des arguments justes pour le critiquer, doivent bien admettre – d’une part – que nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui s’ils n’avaient pas toujours refusé d’aborder la question, entre autres, des personnes homosexuelles du point de vue de la société, et – d’autre part – que critiquer sans proposer d’alternative valable ne sert à rien (mais encore faudrait-il pour cela avoir envie de chercher).

 

Pourquoi ce projet de loi n’est-il pas valable ? Dans les détails, on pourrait trouver de nombreuses raisons, mais la principale, celle qui écrase toutes les autres, est que cette extension du mariage n’est en rien synonyme d’égalité.

 

Nous sommes dans une société où les normes ont été conçues sur mesure pour le point de référence de la société patriarcale : l’homme hétérosexuel (de préférence blanc et de genre masculin). Toutes les normes, les droits, les habitudes et les modes de vie se sont construits de la façon la plus adaptée à l’homme hétérosexuel. Et aujourd’hui, à quoi assistons-nous ?

 

Nous voyons, depuis plus de quarante ans, les féministes tout faire pour calquer le mode de vie des femmes sur celui de ces hommes, sans même exiger de ces derniers une modification de leur propre mode de vie pour le rendre plus neutre et donc plus accessible – ce qui serait déjà une démarche plus juste, bien qu’erronée malgré tout, nous y reviendrons plus tard. « La libération sexuelle », pour ne citer qu’un exemple, ne pourra jamais être égalitaire puisque c’est toujours la femme qui, pour des raisons biologiques, prend tous les risques, et parce que la sexualité des uns n’est pas celle des autres. Le préservatif masculin, de par la perte d’intensité qu’il provoque et sa fiabilité limitée, n’est pas et ne sera jamais capable de rétablir l’égalité.

Nous voyons donc, depuis plus de quarante ans, que cette suprématie de l’homme hétérosexuel dans l’établissement des normes n’a jamais été remise en cause. Les féministes n’ont fait que permettre aux femmes de rentrer dans ces normes inadaptées* – et, plus ou moins, les y obliger – provocant d’ailleurs une recrudescence des misogynies.

 

Aujourd’hui, c’est au tour des homosexuels – et bientôt des transsexuels – de faire les frais de ce combat perdu d’avance – car on sait très bien que la LGBT est le produit direct des mouvements féministes. On donne aux personnes homosexuelles un mariage au même format que celui des hétérosexuels, et à elles de s’adapter avec les aménagements qu’on leur donnera pour que leur famille ressemble le plus possible à la famille hétérosexuelle, avec tous les problèmes que l’on sait que cela pose dans les autres pays ayant déjà fait le même choix que la France.

Mais dans cette affaire, il y a une différence dans la démarche. En effet, par ce projet de loi, le mariage se voit neutralisé : la notion de parent efface partiellement celle de père et mère, et tant d’autres modifications vont, par voie de fait, faire du mariage une institution plus neutre, à mi-chemin – ou presque – entre hétérosexualité et homosexualité. Alors où est le problème ?

Le problème est que l’on assiste ainsi à la conservation d’une norme unique, qui va de plus être élargie. Or, plus une norme est générale, moins elle est flexible aux besoins de chacun. Ce mi-chemin – ou presque – entre hétérosexualité et homosexualité, correspond-il a quelqu’un ? Quelqu’un est-il à mi-chemin entre homosexualité et hétérosexualité ? La réponse est non. (Et que l’on ne me parle pas de la bisexualité, qui n’est pas le milieu mais les deux côtés à la fois.) Les homosexuels se retrouvent donc avec un mariage qui n’est pas encore satisfaisant pour eux, et, avec le déplacement de la norme, les hétérosexuels se retrouvent avec un mariage qui ne l’est plus – ne venez pas dire qu’il n’y aura pas d’incidence sur leurs familles, car une réforme obéissant à une idéologie transforme tout ce qu’elle touche par son but de modifier la pensée plus encore que la loi. Et au final, la société s’en est appauvrie.

 

« N’est-ce pas le but ? » diront les mauvaises langues ? Pour Eric Zemmour, ce projet de loi vise plus à nuire à cette norme de l’homme hétérosexuel qu’à véritablement réparer les injustices. Vous vous souvenez de la petite étoile un peu plus haut ? (Celle-ci : *) Relisez le paragraphe qui la précède. J’ai bien entendu les féministes récalcitrer en disant : « Nous ne sommes pas stupides, nous connaissons bien ce problème de normes, et nous faisons tout pour le combattre ! » Je ne crois pas que le but premier de ce projet de loi soit – pour ses vrais défenseurs, pas pour les politiciens – la nuisance, je pense plutôt que le déplacement de la norme fait réellement partie des moyens que se donnent les féministes et les LGBT pour rétablir l’égalité, et que les dommages collatéraux ne les émeuvent pas.

 

Sur la page de Wikipédia consacrée au féminisme, on lit que, depuis 1968, les féministes ont acquis la ferme conviction que le patriarcat ne sera vaincu que par la destruction et la reconstruction de la société. Mais c’est une illusion. Les manigances politiques sont claires depuis un moment. Chaque évolution en faveur de l’égalité s’ensuit d’une régression. Des réticences apparaissent toujours au pire moment, comme « suscitées ». Le but recherché par les hautes sphères du pouvoir a été, depuis tout ce temps, celui d’énerver les militants de l’égalité afin de les pousser à croire que la société actuelle devait être détruite. Mais à qui profite le plus la déconstruction de la société ? Qui empêche chaque démantèlement d’une norme caduque d’être suivi par la mise en place réelle et efficace de la norme plus récente qui est censée la remplacer, approfondissant ainsi chaque fois davantage le gouffre de l’anomie généralisée qui est en train de dévorer l’Occident ? N’oublions pas que les années succédant à mai 68 ont vu passer toutes les lois formant la base du néo-capitalisme qui est aujourd’hui devenu quasiment invincible. Coïncidence ? Impossible. Pas quand le mot « libéral » sert à la fois aux défenseurs du peuple et à ses persécuteurs. Pas quand les réformes de sociétés entreprises – et ratées – par les soixante-huitards ont abouti à une explosion de la consommation (pour reprendre l’exemple cité plus haut, pensez au marché du sexe), fer de lance de l’oppression capitaliste.

 

Ne faisons pas pour autant de déduction farfelue, selon laquelle les libertaires auraient volontairement œuvré en faveur des intérêts capitalistes. Ce serait un non-sens absolu. Le même que celui qui a prétendu que les religions servent à opprimer le peuple et défendre le pouvoir en place – une idée toutefois très efficace, en en faisant l’apanage exclusif des croyances religieuses, pour dissuader quiconque de s’imaginer que les valeurs républicaines pourraient mener au même résultat. Mais il faut voir les choses en face : les ploutocrates ont eu plus de deux cents ans pour se préparer à ne pas subir le même sort que leurs prédécesseurs aristocrates, qui étaient en outre bien moins cultivés qu’eux. Et cela fait deux cents ans qu’ils exploitent tous les moyens de dresser le peuple contre lui-même, pour qu’il soit incapable de se dresser contre eux. Deux cents ans qu’ils refont l’Histoire, déforment les mots démocratie, liberté, égalité, tolérance, laïcité, et jouent un double jeu pour constituer des camps qui s’affrontent. Deux cents ans que sous couvert d’éducation et de culture, ils répandent l’ignorance et la désinformation. Et aujourd’hui, la politique et les médias leur appartiennent, et s’ils ont envie de vous faire croire que le Mariage pour Tous est une avancée sociale inestimable, ils le feront. Et la preuve que ce n’en est pas une, c’est qu’ils ne s’en privent pas.

 

Non, ce qu’il faut, c’est la diversification des normes. L’unicité n’est pas égalitaire, car l’unicité nie les spécificités de chacun. Dès l’école, nous avons été conditionnés pour croire que le même traitement pour tout le monde, c’est cela l’égalité. Et bien c’est faux.

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Pour autant, on ne peut pas mettre chacun dans une case – ce serait discriminatoire. On ne peut pas dire : les homosexuels vivront comme ceci, et les hétérosexuels comme cela. Non, ce qu’il faut, c’est diversifier les normes – en créer de nouvelles –, diversifier les modes de vie et les faire coexister, en orientant chacun vers celui qui lui correspond le mieux, mais en laissant à tous la possibilité de choisir n’importe lequel. Et pas de faire de chaque nouvel acquis une norme unique remplaçant la précédente – Aujourd’hui, tout droit acquis devient une obligation, et n’est donc plus un droit.

 

Et la société changera progressivement. La société ne doit pas être démantelée. Car une cohésion sociale faible, c’est une mine d’or pour le capitalisme. Si la dictature d’un homme se fonde sur l’ordre, la dictature d’une classe se fonde sur le chaos. A l’heure actuelle, les combats progressistes nuisent à la société et renforcent le capitalisme, simplement parce qu’il a le pouvoir de les détourner à son avantage et ne s’en prive pas. A l’heure actuelle, la désinformation est telle qu’il est même impossible de savoir ce qui est bon pour l’homme et ce qui ne l’est pas. A l’heure actuelle, les démarches pour l’égalité sont inutiles, car elles sont systématiquement récupérées et dévoyées par le pouvoir. La ploutocratie est devenue si puissante et égoïste que tant qu’elle n’aura pas été vaincue, aucune amélioration ne sera possible pour le monde. Par conséquent, toute initiative doit être tournée directement – et uniquement – contre elle. C’est triste, mais les autres problèmes devront attendre, car ils resteront insolubles tant que les maîtres de la division seront aux commandes.

 

Mais n’oubliez pas : le point de rencontre entre liberté et égalité, c’est le choix.

Religiophobie : Un outil de propagande

Aujourd’hui, et depuis déjà plusieurs générations, on est habitué à croire que religion rime avec bêtise, violence et obscurantisme. Les médias se font un plaisir de recenser, déformer et amplifier toutes les affaires sordides touchant, à travers le monde entier, des croyants et des membres des différents clergés, dans le but de bien démontrer que l’athéisme est la seule vision légitime, motivés par leur assurance que « la religion est l’opium du peuple ». Mais sans le savoir, ils participent ainsi à la propagande de la ploutocratie bourgeoise.

La religion n’est pas par nature l’opium du peuple, et ne l’est d’ailleurs plus depuis qu’elle a été séparée du pouvoir – et tant qu’elle le reste. Toute idéologie, qu’elle soit bonne ou mauvaise, religieuse ou autre, peut être détournée par les manipulateurs pour contrôler les masses impunément, avec d’autant plus de facilité qu’elle fait l’unanimité et qu’elle est proche du pouvoir. Toutefois, une idéologie qui fait l’unanimité permet également une certaine cohésion sociale qui peut éclater entre les doigts des manipulateurs, comme c’est arrivé en 1789, où les croyants étaient encore largement majoritaires – aucune religion ne peut empêcher la révolte lorsqu’elle est justifiée, on le voit d’ailleurs en ce moment-même dans le monde.

Aujourd’hui, la multiplicité des idéologies constitue un système de répression automatisée bien plus abouti, puisqu’elle crée des conflits intra-populaires qui empêchent le peuple de se soulever communément contre l’oppresseur (le débat conflictuel sur le mariage homosexuel entre une moitié de la France et l’autre en est justement un exemple frappant). On remarque également que la liberté intellectuelle n’a pas vraiment progressé avec cette multiplicité idéologique, dans la mesure où l’expérience personnelle de chacun définit la plupart du temps l’idéologie à laquelle s’associe l’individu, et que l’expérience personnelle ne doit pas grand-chose à la liberté.

Et c’est d’ailleurs un fait qui ne droit rien au hasard, puisque la bourgeoisie a mis en place dès sa montée au pouvoir au XIXème siècle une propagande antireligieuse ayant pour but de dresser durablement athées contre croyants (sachant que les religions étaient indestructibles), tout en s’affichant elle-même comme proche de l’Église catholique pour l’infiltrer et s’en servir de bouclier face à tout assaut contre le nouvel ordre qu’elle était en train d’établir, tout aussi despotique que le précédent. Plus tard, elle a répandu le capitalisme comme un moteur de division entre plus puissant, qui la rend aujourd’hui quasi-invulnérable, mais elle n’a jamais cessé de s’afficher proche des Chrétiens pour pousser ces derniers à retomber dans le conservationniste antidémocratique (on remarquera d’ailleurs qu’intégrisme religieux – ou antireligieux – rime avec extrémisme politique), et surtout pour en véhiculer l’image.

Nietzche et Marx, malgré toute leur pertinence sur de nombreuses questions essentielles, n’avaient rien vu de tout cela (ce qui est assez logique puisqu’ils étaient en plein cœur de la propagande anticléricale, à un moment où même les livres d’Histoire lui donnaient entièrement raison et où aucun contre-courant n’était présent pour rétablir la vérité), et c’est d’ailleurs pour cette raison, parce qu’ils ont sous-estimé le pouvoir de l’hégémonie culturelle bourgeoise, que leurs prévisions ne se sont pas réalisées – un seul élément suffit, malheureusement.

Pour autant, il est humainement impossible de s’affranchir de toute idéologie sans aboutir à un état d’anomie généralisée. Alors laquelle adopter ? Probablement une idéologie humaniste, laïque, à la fois évolutive et sécurisée, déconnectée de tout ordre politico-social donné et pourtant suffisamment précise, capable de faire l’unanimité tout en dépassant les valeurs trop strictes ou trop vagues sur lesquelles peut se fonder le pouvoir – une idéologie globale transcendant toute politique, un genre de méta-idéologie. C’est possible, de grands penseurs en ont déjà donné certains éléments.

Devinez lesquels, proposez les vôtres.